C'est probablement l'une des idées les plus répandues en éducation canine.
« Il faut manger avant son chien. »
« Ne le laisse pas passer la porte avant toi. »
« Il cherche à te dominer. »
« Tu dois être le chef de meute. »
Ces conseils ont longtemps été présentés comme des vérités.
Pourtant, les connaissances scientifiques ont beaucoup évolué ces dernières décennies et permettent aujourd'hui de comprendre la relation entre l'homme et le chien sous un tout autre angle.
D'où vient cette idée ?
L'origine de cette théorie remonte aux années 1940.
À cette époque, des chercheurs observent des groupes de loups vivant… en captivité.
Ces loups, souvent sans lien de parenté, sont maintenus dans des espaces restreints. Des conflits apparaissent et certains individus semblent prendre le dessus sur les autres.
Pendant longtemps, ces observations servent de modèle pour comprendre le comportement du chien.
Le problème est que ces groupes de loups ne représentaient pas le fonctionnement naturel d'une meute.
À partir des années 1970, le biologiste David Mech, ainsi que Ray et Lorna Coppinger, étudient les loups dans leur milieu naturel pendant plusieurs décennies.
Leurs observations montrent une réalité bien différente.
Une meute sauvage est avant tout une famille composée de parents et de leurs jeunes.
Les adultes guident les plus jeunes, coopèrent avec eux et les accompagnent dans leurs apprentissages. Les conflits permanents pour devenir « alpha » n'y sont pas observés.
David Mech lui-même a d'ailleurs demandé que l'on cesse d'utiliser le terme de « loup alpha », devenu trompeur au regard des connaissances actuelles.
« Qualifier un loup de "loup alpha" revient à qualifier un père humain de "père alpha". »
— David Mech
Cette phrase résume parfaitement l'évolution des connaissances scientifiques sur le sujet.
L'objectif de l'éducation canine moderne n'est plus de chercher qui est le chef, mais de comprendre comment le chien apprend, communique et construit ses comportements.
Pourquoi cette théorie est-elle restée si longtemps ?
Comme dans tous les domaines scientifiques, les connaissances évoluent.
Pendant des années, ces théories ont été relayées dans des livres, des émissions de télévision et de nombreuses formations.
Ce n'est pas parce qu'elles étaient enseignées qu'elles étaient définitivement vraies.
Aujourd'hui, de nouvelles recherches nous permettent de mieux comprendre le comportement des chiens et d'adapter nos méthodes d'éducation en conséquence.
Faire évoluer ses pratiques à la lumière des connaissances actuelles est simplement une démarche scientifique.
Votre chien n'est pas un loup
Même si chiens et loups partagent un ancêtre commun, plusieurs milliers d'années de domestication les séparent.
Le chien a évolué aux côtés de l'être humain.
Son comportement, sa communication et sa manière de vivre se sont progressivement adaptés à cette cohabitation.
Prendre le loup comme unique modèle pour éduquer un chien reviendrait un peu à vouloir comprendre l'éducation d'un enfant uniquement en observant les grands singes.
Ils partagent une histoire commune.
Mais ils ne vivent plus de la même manière.
Existe-t-il une hiérarchie entre vous et votre chien ?
Une hiérarchie sociale existe entre les individus d'une même espèce.
Vous n'êtes pas un chien.
Votre chien n'est pas un humain.
Vous formez un foyer composé de deux espèces différentes qui apprennent à vivre ensemble.
Cela ne signifie pas qu'il ne doit pas y avoir de règles.
Bien au contraire.
Les règles sont indispensables
Dire que la théorie de la dominance est dépassée ne signifie absolument pas qu'il faut tout laisser faire.
Un chien a besoin d'un cadre clair.
Mais ce cadre ne repose pas sur la peur, la contrainte ou la recherche d'un rapport de force.
Il repose sur des apprentissages.
Votre chien ne naît pas en connaissant vos règles de vie.
Il faut les lui enseigner progressivement.
Chaque famille possède d'ailleurs ses propres règles.
Certains autorisent leur chien à monter sur le canapé.
D'autres préfèrent qu'il reste au sol.
Aucune de ces règles n'est universelle.
L'important est qu'elles soient cohérentes et apprises dans le respect du chien.
Aujourd'hui, on ne se pose plus les mêmes questions
Pendant longtemps, on cherchait à répondre à une seule question :
« Comment faire obéir mon chien ? »
Aujourd'hui, nous cherchons davantage à comprendre :
« Comment mon chien apprend-il ? »
Lorsqu'un chien ne revient pas au rappel, grogne lorsqu'on approche de sa gamelle ou saute sur les visiteurs, la première question n'est plus :
« Cherche-t-il à me dominer ? »
Mais plutôt :
- Que ressent-il dans cette situation ?
- Qu'a-t-il appris jusqu'à présent ?
- Que cherche-t-il à communiquer ?
- Comment puis-je lui apprendre un comportement plus adapté ?
Ce changement de regard transforme profondément notre manière d'éduquer nos chiens.
Guide ou dominant ?
Personnellement, je préfère être un guide.
- Un guide montre.
- Explique.
- Accompagne.
- Enseigne.
- Il aide son chien à réussir plutôt que d'attendre une erreur pour intervenir.
Cette approche ne signifie pas être permissif.
Elle consiste simplement à construire les comportements que l'on souhaite voir apparaître plutôt que de punir ceux que l'on ne veut pas.
Un exemple concret
Imaginons que vous ne souhaitiez pas que votre chien monte sur le canapé.
Deux approches sont possibles.
La première consiste à attendre qu'il monte pour le gronder.
La seconde consiste à lui apprendre qu'un tapis confortable est l'endroit où il sera récompensé et où il pourra se détendre.
Dans les deux cas, la règle est identique.
Mais la manière de l'enseigner est totalement différente.
On ne cherche plus à gagner un rapport de force.
On cherche à apprendre au chien ce que l'on attend de lui.
Quelques idées reçues qui persistent encore
On entend encore régulièrement qu'il faudrait :
- manger avant son chien ;
- passer les portes avant lui ;
- toujours gagner au jeu de traction ;
- retourner un chien sur le dos pour lui montrer « qui commande ».
À ce jour, aucune de ces pratiques n'a démontré qu'elle améliorait la relation entre un humain et son chien.
En revanche, enseigner clairement les comportements attendus, répondre aux besoins de son chien et construire progressivement les apprentissages permettent d'obtenir des comportements fiables tout en préservant la relation de confiance.
Le véritable objectif de l'éducation
L'objectif n'est pas de gagner contre son chien.
L'objectif est de construire une relation basée sur la compréhension, la coopération et des apprentissages solides.
Un chien n'obéit pas parce qu'il reconnaît un « chef de meute ».
Il apprend parce que nous lui montrons, de manière cohérente, ce qui fonctionne dans notre environnement.
Comprendre son chien est aujourd'hui bien plus utile que chercher à le dominer.
Le conseil de Caroline 🐾
Pendant longtemps, on a cherché à savoir comment devenir le « chef » de son chien.
Aujourd'hui, la vraie question est différente :
Comment aider mon chien à comprendre ce que j'attends de lui ?
En privilégiant des apprentissages progressifs, en tenant compte de ses émotions et de ses capacités, on construit une relation fondée sur la confiance et la coopération plutôt que sur le rapport de force.
Pour aller plus loin
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